Je me voile la face. De cette sorte de voile qui, trop souvent à mon goût, incite à ne pas mettre les voiles. Las. Qu'y pouvons-nous, solitaires ? Solitaire, je le suis, autant que vous feignez de ne l'être point, et je sais (et vous savez que je sais) ce qui vous taraude. Point n'est besoin de carton ni de plumes : tout est ici, au plus profond de l'être, et le reste n'est qu'artifice. Je me voile la face quand vous vous dévoilez, oh nous étions pourtant si semblables, là, hier (les murs étaient si hauts et les cieux si rouges, vous en souvenez vous ?). Semblables. Semblables quand nous n'avions pas de commencement, quand les histoires n'avaient pas de fin. Semblables, jusqu'à l'instant précis où le masque jaillit du plus profond de l'être. Semblables, et pourtant... Je les ai patiemment observées - toutes - dans ce jardin d'enfants, et ce n'est pas tant leurs formes qui ont changé que leurs regards : de chacune d'elles quelque chose n'est plus, un je-ne-sais-quoi qui nous avait donné envie, à l'évidence, de les ensemencer. Semblables. Semblables, encore, aujourd'hui, nous avançons masqués (vous savez que je sais). Tenez, moi, par exemple, j'ai découvert tout à fait récemment – vous ne pouvez pas le voir, aussi je vous demande simplement, non : je vous conjure, de me croire sur parole - que je portais en turban un enfant de quatre ans. En turban. Il est assis depuis plus de quarante ans, en amazone, sur mon épaule gauche. Ses bras enserrent ma tête, sa joue droite est posée sur le haut de mon crâne. Je crois qu'il pleure. Joli masque effrayant, n'est-ce pas ? Joli et je dois vous avouer que si c'est un peu lourd, un enfant de quatre ans sur l'épaule d'un enfant, ça vous a, parfois, une de ces gueules ! Non ! Ne pleurez pas... Solitaire et masqué, ça me va. Qui dit mieux ? Je ne sais rien de vous mais je nous sais si semblables alors, en silence, solitaire s'il en est (vous ai-je dit qu'il m'arrive parfois, alors que je suis seul, de penser, c'est idiot, que quelqu'un, alentour, est de trop ?), alors disais-je, silencieusement, je me voile la face de cette sorte de voile qui.
Trop longtemps j'ai pissé en visant la faïence pour éviter de faire du bruit. J'ai même parfois songé - me croirez-vous ? - sans m'y résoudre, tout de même, à pisser assis. Trop longtemps, j'ai dit "uriner" ou bien "faire pipi", mais cette époque est maintenant révolue : j'ai le grand (l'immense) plaisir, aujourd'hui, de porter à votre connaissance que désormais j'assume - et j'adore ça - de pisser debout et bruyamment. Très bruyamment.
Par Cookie Léo,
lundi 29 septembre 2008 à 10:24 ::Plume
Ca fait quelques mois maintenant que je surveille le blog MySpacien de Plume du coin de l'œil, et c'est un grand plaisir pour moi qu'à ma demande elle ait accepté de nous livrer un peu de sa prose. Vraiment.
Elle se voudrait désirable. La conne. Elle aimerait, pour une fois, n'être ni disponible ni volontaire et pourtant désirable. Quand même. Encore. Je suis rentré de l'épicerie avec à la main cette pancarte Open/Close dérobée tout à l'heure, et je lui ai passé autour du cou. J'ai murmuré : "Tiens... Cadeau...". Tout devrait être plus simple maintenant.
Je les ai patiemment observées - toutes - dans ce jardin d'enfants, et ce n'est pas tant leurs formes qui ont changé que leur regard : de chacune d'elles quelque chose n'est plus, un je-ne-sais-quoi qui nous avait donné envie, à l'évidence, de les ensemencer.
Je la regarde s'éloigner d'un pas lourd et lent. La démarche est suggestive, chaloupée (talons aiguilles). Ses cheveux sont attachés et descendent jusqu'au creux de ses reins, et je me surprends à penser, tandis qu'elle chaloupe encore un peu plus - tandis qu'elle s'éloigne toujours un peu plus -, qu'assurément jamais, jamais, l'expression "queue de cheval" n'a eu autant de sens.
J'ai quinze ans et Patti me dit on te voit ce soir chez Andy ? et je dis j'en sais rien et elle fait la moue OK mais y aura du monde, des mecs de Détroit et Lou et peut-être Mick alors je dis on verra Bill m'a raconté la Dreamachine faudrait que je passe au Chelsea, y aura surement Marc et Dominic.